Alimentation anti-inflammatoire pour l'endométriose : ce qu'il faut éviter

Par Manon Brucker,
Naturopathe 
spécialisée dans l’Accompagnement Holistique de la Femme.

Lorsque l’on commence à s’intéresser à une prise en charge globale de l’endométriose, l’alimentation anti-inflammatoire est souvent le premier sujet évoqué. De nombreux livres, articles, discussions, etc. l’évoquent et l’adulent et pour cause : elle permet souvent de soulager des douleurs qui n’avaient pas trouvé réconfort, même dans les plus puissants des anti-inflammatoires. Néanmoins, mettre en place une alimentation anti-inflammatoire demande parfois de nombreux changements dans nos habitudes et peut bouleverser un corps (et disons-le tout de suite, notre appareil digestif principalement) dont la capacité d’adaptation est déjà mise quotidiennement à rude épreuve. Alors, est-ce vraiment une bonne idée ? 

Quels aliments inflammatoires éviter ?

Pourquoi éviter ces aliments inflammatoires, particulièrement en cas d'endométriose ?

alimentation anti-inflammatoire endométriose

Peignons un peu la girafe...

Lorsque l’on parle de l’alimentation anti-inflammatoire, on parle souvent des aliments à éviter, c’est-à-dire ceux qui peuvent fragiliser notre métabolisme ou notre équilibre, notamment intestinal et hormonal.

Même si je ne doute pas que vous en avez souvent entendu parler, voici un petit résumé de ces mauvais élèves et pourquoi il vaudrait mieux, au premier abord, les laisser sur le banc de touche : 

Qui sont-ils ?

Pourquoi les éviter ?

Les produits laitiers 

Le lactose (le sucre du lait) et la caséine (une protéine) qu’ils contiennent sont souvent sources d’intolérances ou d’allergies. Et qui dit intolérance ou allergie, dit réaction du système immunitaire donc inflammation. De plus, ils stimulent la production de prostaglandines, des hormones pro-inflammatoires. Le risque serait donc double. 


Pour ne rien gâcher, en fonction de l’élevage des animaux dont ils sont issus, les produits laitiers pourraient contenir des hormones ainsi que des médicaments tels que des antibiotiques. Que nous ingérons au travers leur consommation… 

Le gluten

C’est un ensemble de protéines retrouvées dans certaines céréales qui peut activer la production de zonuline, une autre protéine. Cette dernière, pro-inflammatoire, favorise la perméabilité intestinale et donc l’activation en cascade du système immunitaire (et de la réaction inflammatoire). 


De plus, les blés modernes hybrides (qui ont vu leurs chromosomes tripler de volume en quelques dizaines d’années) contiennent plus de gluten que ceux de nos ancêtres. Ils sont par conséquent moins digestes qu’auparavant. 


Pour rappel, les céréales dont il faudrait se méfier sont le blé, l’épeautre, certaines avoines, le khamut / khorasan, l’orge, le seigle et le malt. Cela concerne aussi les formes dérivées telles que le pain, la farine, les pâtes, etc. 

Le sucre 

Attention à ne pas confondre ce que l’on appelle le sucre (qui correspond aux sucres « simples », responsables du goût sucré des aliments notamment) et les sucres (les glucides en général).


Le sucre modifie l’équilibre acido-basique du corps en l’acidifiant et compromet l’équilibre des intestins et du système nerveux central en créant une inflammation. Aussi, l’augmentation de la graisse viscérale liée à sa surconsommation peut provoquer une inflammation, notamment au travers la production et le stockage d’œstrogènes par ces graisses.

Les graisses trans 

Ce sont les graisses que l’on appelle saturées et que l’on retrouve principalement dans les produits industriels, les plats préparés, les chips, les biscuits, fritures, etc. 


Plusieurs études ont démontré un lien entre la consommation de ces graisses et une augmentation des risques de maladies cardio-vasculaires, de troubles hormonaux et de cancers. 

La viande 

Elle contient en général des graisses trans qui pourraient avoir un impact sur l’inflammation et sa consommation en excès provoque une production d’acide urique que le corps a du mal à éliminer. 


Au-delà de cette généralité, c’est surtout les viandes d’élevage qui posent problème : elles contiennent des hormones (notamment si elles sont nourries avec du soja) ainsi que des polluants chimiques (dioxine et PCB par exemple, classifiés comme perturbateurs endocriniens) qui donneraient lieu à une prévalence et une sévérité accrue des cas d’endométriose.

Le soja 

Il contient des phytoeostrogènes, c’est-à-dire des œstrogènes qui peuvent mimer l’action des nôtres. Les résultats des études à son sujet ne sont pas significatives mais l’endométriose étant une maladie oestrogéno-dépendante, il est préférable de limiter sa consommation.

La caféine 

En augmentant le métabolisme du corps, elle peut provoquer un phénomène de stress oxydatif. En fonction de la quantité consommée, elle peut aussi être inflammatoire pour certaines personnes.

L’alcool 

Il contient une haute teneur en sucre (voir plus haut pour l’explication) mais favoriserait aussi la production d’œstrogènes. De plus, sa consommation surcharge l’activité du foie, un des piliers dans le traitement de nos hormones.


Attention à la bière qui contient des phytoeostrogènes ainsi que du gluten (double peine…).


Faut-il vraiment supprimer ou réduire ces aliments inflammatoires ? 

Mettons un peu d'eau dans notre jus de raisin.

Maintenant que nous avons balayé les grandes lignes des aliments à éviter, essayons de déterminer s’ils sont aussi diaboliques qu’on nous les présente. 

Les produits laitiers : Le lactose et la caséine 

Les produits laitiers tout d’abord et les deux éléments les plus problématiques qu’ils contiennent : le lactose et la caséine.
Dans un premier temps, il faut bien distinguer l’allergie de l’intolérance.
Même si les symptômes semblent similaires (ballonnements, désordres digestifs, etc.), à part s’abstenir complètement de consommer les aliments en contenant, il est difficile de pouvoir palier une allergie.
Néanmoins, lorsqu’il s’agit d’une intolérance, plusieurs stratégies peuvent être mises en place. 

Le lactose

Dans le cas du lactose, l’intolérance provient souvent d’un manque de lactase, un enzyme que l’on arrête de sécréter lorsque l’on grandit (breaking news : et oui, tout comme les animaux, nous sommes censés ne plus boire de lait !).
Une solution peut alors être mise en place, de manière ponctuelle : la prise de lactase en tant que complément. Cela ne veut pas dire que vous pourrez manger des raclettes tous les jours cet hiver, mais vous pourrez en profiter lorsque celle-ci se présentera, sans trop penser aux différentes stratégies pour vous accaparer les toilettes en douce ! Ils existent aussi des produits laitiers plus ou moins riches en lactose et favoriser ceux qui en contiennent le moins pourrait déjà vous éviter des déconvenues.
Vous pouvez retenir qu’en général, les fromages frais ou à pâte molle sont ceux qui en contiennent le plus.

Et si vous souhaitez une liste détaillée, rdv
ici

La caséine

En ce qui concerne la caséine, pas de complément miracle à ma connaissance. Le mieux, si vous ne pouvez pas vous passez de produits laitiers, est donc de privilégier ceux qui en contiennent le moins.
La manière la plus simple de connaître la teneur en caséine d’un produit laitier sans se balader avec une liste à rallonge dans vos favoris ou votre petit calepin est de se souvenir de cela : plus un produit laitier est riche en protéines, plus il est riche en caséine.
Parmi eux on peut citer le lait, la famille des yahourts, les fromages à pâte dure (comté, emmental, etc.) et mi-dure (abondance, fromage à raclette, etc.) et le kéfir de lait.
Attention aussi aux produits industriels ou aux charcuteries qui peuvent parfois contenir des traces de protéines de lait (que font-elles là ? rien, la meilleure chose est donc peut-être d’abandonner ces produits dont la qualité pourrait être douteuse). 

Si vous souhaitez vérifier une potentielle intolérance à la lactase ou à la caséine, il est possible de réaliser des tests d’intolérance en laboratoire.
Un professionnel pourra vous aiguiller dans leur réalisation.
Une autre solution, certes un peu moins rapide mais moins chère, est de vous tester : supprimer les produits laitiers de votre alimentation pendant quelques semaines puis intégrez peu à peu des aliments contenant tout d’abord beaucoup de lactose (du mascarpone par exemple), et constatez les effets sur votre corps. Ensuite, essayez avec des produits contenant beaucoup de caséine (un fromage à pâte dure).

En fonction de vos réactions, vous pourrez déterminer si le lactose, la caséine ou bien les deux sont problématiques pour vous !

Mais comprenez-moi bien : je ne suis pas en train de faire l’apologie des produits laitiers et leur potentiel inflammatoire est bien avéré.
Le but est donc de trouver un équilibre en évitant toute frustration (qui elle aussi provoque du stress, et donc une oxydation et une inflammation).  

Le gluten

Vient ensuite le gluten.
Là aussi, il faut distinguer l’allergie (qui correspond à la maladie cœliaque) de l’intolérance.

Dans le second cas, je vais parler de mon expérience. Il s’avère qu’après quelques essais, j’ai pu remarquer que je ne digérais pas du tout le pain blanc ou bien les pains au chocolat, au risque de me retrouver avec le fameux endo-belly.

Néanmoins, ce symptôme est bien diminué lorsque je prends des pains contenant du gluten mais à base de farine complète et de levain traditionnel, qui aurait tendance à prédigérer les aliments de par les bactéries qu’il contient. Et c’est encore plus confortable lorsque je le fais griller (je vous passe les détails, mais cela change quelque peu la structure moléculaire du pain dans ce cas). Bref, je mange parfois du gluten et je m’en porte très bien !
Par contre, dès que je fais quelques excès, je le ressens aussi, notamment grâce à quelques symptômes du SPM (pile poil le moment où j’en ai envie d’ailleurs ! La vie est cruelle).

Il ne faut pas non plus oublier que le gluten génère des déchets difficilement éliminables par le corps. Avez-vous déjà essayé de réaliser chez vous une colle à base de farine et d’eau ?
Et bien la réaction est un peu similaire à l’intérieur de nous !

Le sucre et les graisses trans 

Passés les produits laitiers et le gluten, il y a quelques aliments pour lesquels je manque d’argument de défense : je ne peux pas être l’avocat de tous les diables ! C’est le cas par exemple du sucre et des graisses trans…
Les études sont tellement formelles à leur sujet et je n’ai encore pas trouvé qui en vantent les mérites.

Je ne ressens non plus aucun bienfait en les ingérant.
Je les laisse donc autant que possible sur le fameux banc de touche, même si cela ne m’empêche pas parfois de les utiliser en cas d’urgence : manque de temps (si rare, la cuisine est pour moi un moment de détente et de bonheur des sens), besoin de soutien émotionnel (je le confesse, un churros sur la corniche face aux embruns méditerranéens – ou à la ta terrasse de la KL Pâtisserie pour les Parisiens –, c’est tout de même tentant), etc.
La clé est, je crois, de ne pas banaliser leur consommation, sans pour autant s’auto-flageller et culpabiliser lorsque l’on en consomme.

Autre chose, m'dame ?

Au-delà des stars maléfiques de l’alimentation anti-inflammatoire, et au risque de compliquer un peu plus les choses, ils existent aussi des éléments qui peuvent parfois créer des déséquilibres et que l’on soupçonne moins.
C’est le cas par exemple de l’histamine, une messagère du système immunitaire dégradée par une enzyme appelée diamine oxydase (DAO), ou bien des glucides fermentescibles (les fameux FODMAP).

Ils existent là aussi des tests pour contrôler une potentielle intolérance à l’histamine (ou un défaut de sécrétion de DAO) ou à certains FODMAPs, qu’un professionnel pourra vous recommander si vous manquez de temps pour réaliser les fameux tests d’éviction / réintroduction vous-même.
Mais cela montre bien que l’origine de nos inconforts ne peut être réduite à quelques potentiels criminels.

Alors comment s’y retrouver dans cette jungle où il est difficile de déterminer si nous sommes prédateur ou proie face à un aliment, et qui nous amène parfois à des restrictions non justifiées et difficiles à tenir sur le long terme ? 

C'est ce que je vous propose d'explorer dans la seconde partie de cet article ici :

Alimentation anti-inflammatoire pour l'endométriose : ce qu'il faut favoriser

 

Références 

Armour M, Middleton A, Lim S, Sinclair J, Varjabedian D, Smith CA. Dietary Practices of Women with Endometriosis: A Cross-Sectional Survey. J Altern Complement Med. 2021 Sep;27(9):771-777. 

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Laschke, Matthias & Menger, Michael. (2016). The gut microbiota: A puppet master in the pathogenesis of endometriosis? American Journal of Obstetrics and Gynecology. 215.

Peggy Favez, « Endométriose, un chemin vers l’équilibre »

Fabien Piasco, « L’alimentation anti-inflammatoire »

Marie-Rose Galès, « Endométriose, ce que les autres pays ont à nous apprendre »


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