Du féminin bafoué au féminin sacré : un long chemin vers la (re)construction

place de la femme société

Par Marine Le Rouzo, Psychologue et Sexothérapeute.

Cela fait maintenant quelques années que la parole commence doucement à se libérer, et que les femmes osent enfin dire ce qui était jusque là bien souvent caché ou minimisé : avoir mal pendant ses règles, souffrir lors d'un examen gynécologique, être insultée pour une tenue... 

Quelle place pour la femme ?

Des paroles de chansons telle que celle de Stromae, aux mouvements « balance ton porc » et « metoo », en passant par des interviews de femmes qui parviennent enfin, des années plus tard, à mettre des mots sur ce qu'elles ont subi et qu'elles subissent parfois encore, sans parler de la dénonciation récente de classifications abusives de la souffrance féminine sous le terme d'hystérie (raison pour laquelle encore aujourd'hui nombre de femmes sont toujours perçues comme simulatrices ou exagératrices quand elles osent parler de leurs douleurs)... Il est aujourd'hui indéniable qu'une nouvelle ère, qui commence enfin à prendre en considération le féminin, est en route : et si le monde de demain n'était enfin plus celui de l'homme mais celui de la femme ?

Du féminin bafoué...

femmes endométriose
Quand je repense à mon parcours, de femme, mais aussi de patiente, et que je le compare à celui de toutes les femmes qui m'entourent et/ou que j'accompagne, je me rends compte que nous partageons toutes, à différents niveaux, et à divers instants de nos parcours de vie, certains éléments tristement communs, dont les trois principaux seraient, me semble-t-il, une non information (voire de l'errance), une forme de maltraitance (voire du mépris), et dans une certaine mesure, un non accompagnement (voire de l'abandon).

Je m'explique. Tout d'abord, il n'est pas rare, pour ne pas dire presque habituel, que le corps de la femme ne soit pas parlé : beaucoup de jeunes filles ne sont pas, encore aujourd'hui, informées des questions de l'anatomie, de la sexualité, du consentement, de la contraception voire même des maladies féminines (endométriose, SOPK, HPV etc)

.. Elles se découvrent donc bien souvent seules, ou parfois, malheureusement, par de mauvaises rencontres (qu'elles soient médicales et/ou sentimentales). Aussi, cette méconnaissance ne les pousse pas à se défendre, et à revendiquer leurs droits : au respect de leur corps, de leur choix, de leur intégrité etc.

La non information amène ainsi facilement à la maltraitance et parfois au mépris : si on ne m'a pas appris à me respecter et à me protéger, cela sera bien plus difficile pour moi de pouvoir le faire, d'autant plus dans une société qui banalise énormément cela, et où des générations entières de femmes ont été réduites au silence (et le sont parfois toujours).

Par exemple, les violences gynécologiques commencent tout juste à être dénoncées, alors qu'elles durent pourtant depuis des décennies, et que dans sa vie, presque chaque femme y a déjà été confrontée au moins une fois, parfois même sans parvenir à mettre un mot dessus tant l'acte était violent et le traumatisme engendré important (examen gynécologiques, mammographie, accouchement etc). On ne compte plus les récits de cas où les patientes ont été moquées, méprisées, rabaissées, violentées, et parfois même, abusées et violées, dans des silences et une indifférence parfois presque pires que les actes en eux-mêmes. 
Quelque part, cela devient même presque tristement "commun", d'autant plus pour les femmes qui sont dans des parcours médicaux liés à des maladies féminines encore trop mal connues et prises en charge comme l’endométriose, le SOPK etc

On en arrive à ce que je nomme le non accompagnement : ces femmes bafouées, meurtries, terrifiées, qui passent entre les mailles du filet car souvent non prises en charge, parce que pour une femme c'est « normal d'avoir mal quand on a ses règles » ou « d'accoucher dans la douleur pour donner la vie ». Elles sont culpabilisées lorsqu'elles sont en post partum parce qu'on leur fait croire que « la maternité ce n'est que du bonheur », sans parler des jugements atroces que subissent celles qui font le difficile choix de l'avortement. Je ne peux que rappeler ici cette fabuleuse citation de Simone de Bauvoir qui n'a peut être jamais été autant d'actualité : "N'oubliez jamais qu'il suffira d'une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant."

Est-ce que tout ceci serait alors le lourd prix à payer de la féminité ?

... au féminin sacré/sublimé
féminin sacré endométriose

« On ne naît pas femme, on le devient » disait aussi la grande Simone de Beauvoir, à qui nous devons tellement pour l'avancée de la condition de la femme et de sa considération. Il est vrai que la question du féminin et de son désir, est bien souvent perçu comme énigmatique, rappelons que Sigmund Freud disait à ce propos : « après trente ans passés à étudier la psychologie féminine, je n'ai toujours pas trouvé de réponse à la grande question : que veulent elles au juste ?».

Il est particulièrement difficile dans un monde et une société remplis d'injonctions sociales, plus enkystées les unes que les autres, de pouvoir s'en détacher, et de parvenir à se faire sa propre représentation de ce qu'est une femme, et plus précisément, de la femme que l'on souhaite être.

Parce qu'au fond, qu'est-ce qu'être femme ?
Pour certaines, cela passe par l'apparence, pour d'autres, par des accomplissements personnels, tandis que pour certaines ce sera plus par la maternité. Peut être touchons-nous du doigt une des raisons qui font qu'il est si difficile de définir ce qu'est une femme : chacune va avoir une représentation et une définition qui lui est propre, en fonction de sa personnalité, de son âge, du contexte dans lequel elle évolue etc.
Par ailleurs, bien souvent, notre anatomie est confondue avec notre genre, alors que ce sont pourtant deux entités bien différentes: on peut être très femme sans être féminine et être très féminine sans être femme, par exemple !

Quoi qu'il en soit, de toutes les maltraitances, errances, et abandons que nous avons évoqués, les femmes essayent aujourd'hui d'entrer en résistance et d'en faire acte de résilience : en les dénonçant d'abord, en informant autour d'elles ensuite, mais aussi, en se recentrant sur ce que l'on nomme le féminin sacré : cette part de reconnexion à notre féminité profonde, et la plupart du temps enfouie, souvent mise à mal par la vie. Si tout ce qui constitue le féminin bafoué est bien souvent traumatique, il nous invite aussi parfois à prendre un chemin à contre courant, en nous poussant à nous reconnecter : à la nature, à notre corps, à notre cycle, à notre intuition, à nos émotions, etc.

Ainsi, s'il fallait trouver un point « positif » au féminin bafoué, ce serait peut être qu'il nous aide parfois à finir par trouver la voie du féminin sacré : nous ne pouvons malheureusement pas changer ce que nous avons subi, mais nous pouvons en faire quelque chose d'autre, et faire en sorte que cela ne se reproduise plus, que ce soit pour nous, ou pour les autres.

De tous les articles que j'ai pu écrire, celui-ci est probablement celui qui me tient le plus à cœur. J'aimerais le dédier à toutes les femmes, celles qui sont en train de le devenir, celles qui luttent pour le rester, et celles qui ont déjà trouvé leur chemin.
Vous êtes des guerrières.


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