Endométriose : Sexualité et opération

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 Par Marine Le Rouzo, psychologue clinicienne, psychothérapeute, sexothérapeute.

Dans le précédent article (« endométriose : quelles conséquences sur le corps et la sexualité ?»), j'évoquais le fait que l'endométriose a des impacts importants sur toutes les sphères de vie de la femme qui en est atteinte (ainsi que sur celle de son ou sa partenaire), dont la sexualité, qui est une des plus importantes d'entre elles.

Sexualité et opération : penser les blessures pour pouvoir les panser. 

endométriose et vie sexuelle

La maladie de l'endométriose 

En effet, les douleurs permanentes de la maladie créé souvent un sentiment de scission corps/esprit, une impression que le corps ne nous appartient plus, qu'on en est dépossédé, et qu'il n'est que douleur et fatigue. Le rapprochement intime, mais aussi le toucher, sont alors souvent appréhendés avec peur, car ils déclenchent la crainte justifiée d'avoir mal, encore plus mal. Les dyspareunies (douleurs pendant et après l'acte sexuel) renforcent encore plus ce sentiment d'angoisse lié à tout ce qui touche la vie sexuelle.

Par ailleurs, les examens médicaux, qui sont en général réguliers et nombreux, provoquent souvent un impact psychologique et corporel, notamment au niveau du toucher qui est alors associé à de l'inconfort, de l'intrusion, de la souffrance, et parfois même à de la violence. Tout ceci a évidement des conséquences importantes, puisque le cerveau et le corps peuvent ensuite appréhender le toucher, même quand il est désiré et agréable, uniquement négativement (douloureux, désagréable, dangereux etc), et court circuiter ainsi tout moment de tendresse ou d'intimité.

Avec la maladie, ses traitements, ses examens, il y a donc déjà une déformation importante de l'image du corps et de ses ressentis, mais quand une (ou des) opération(s) vienne(nt) se greffer à cela, cela peut fortement aggraver la situation initiale. 

L'opération de l'endométriose et ses possibles conséquences sur la sexualité. 

L'endométriose  est au jour d’aujourd’hui une maladie dont on ne guérit pas, ou très peu. Chaque endométriose étant différente, les traitements varient eux aussi, même si, la plupart du temps, il s'agit d'une prise continue de pilule pour mettre les ovaires au repos. Cependant, des opérations peuvent être tout de même envisagées : quand il y a une présence de nodules, quand il y a des hémorragies, ou même, carrément, quand une hystérectomie (ablation de l'utérus) est nécessaire.

Ces opérations sont la plupart du temps anxiogènes pour les patientes, qui ne savent pas vraiment à quoi s'attendre, et qui trouvent rarement l'écoute et la réassurance nécessaires dans le corps médical. Bien souvent, le corps qui va déjà mal, est alors (encore plus qu'avant ) réduit à l'état d'objet de la médecine, et les patientes se sentent dépossédées (encore plus qu'avant aussi) de leurs corps à l’hôpital (soins permanents, sans explication, mise à nue de leur intimité permanente etc).

La maladie est déjà bien souvent un traumatisme permanent avec lequel il faut vivre, mais si des opérations se rajoutent, elles peuvent clairement faire exploser ce dernier, d'autant plus si rien n'est dit, expliqué, et donc pensé. Aussi, une des premières pistes pour aller mieux et pour pouvoir reprendre une vie et une sexualité après une opération, va être avant tout de pouvoir penser pour panser.

L'après opération : penser pour panser

Comme chaque femme et chaque endométriose sont différentes, les opérations peuvent elles aussi se suivre sans se ressembler, et il est donc important d'éviter de se comparer, mais plutôt, de se recentrer pour s'écouter sur ce que nous ressentons exactement vis à vis de cela : quelle opération ai-je subi? À quel endroit ? En quoi cela a consisté? Est-ce que je ressens de la douleur ? Est-elle différente de d'habitude? Quelle(s) émotion(s) tout ceci me procure? Suis-je submergée par elle(s) ? etc.

C'est ainsi que certaines opérations plus lourdes peuvent avoir des répercussions ressenties comme moins importantes que d'autres opérations qui sont en principe plus légères (c'est un peu comme dans la maladie où la taille des lésions ne peut jamais prédire l'importance des douleurs).

Dans tous les cas, Il est très important de ne pas projeter d'impacts sur votre vie ou votre sexualité future en fonction du type d'opération que vous allez avoir (« j'ai eu une grosse opération donc je vais mettre longtemps à retrouver une sexualité normale » ou « mon opération est légère je pourrais très vite refaire l'amour »). Seul le temps et vos ressentis pourront réellement vous guider pour cela : est-ce que je me sens capable d'avoir à nouveau un rapprochement ou est-ce un peu tôt ? Ai-je encore des douleurs ? Suis je traumatisée par ce que j'ai vécu et le toucher est il compliqué pour moi ? Etc Vous êtes la seule et unique personne a pouvoir évaluer tout ceci, et il est donc très important de vous écouter et d'aller à votre rythme sans jamais vous forcer, au risque sinon d'aggraver la situation (blocage sexuel total par exemple). Si vous vous écoutez bien, vous trouverez également plus facilement les mots pour l'expliquer à votre partenaire qui ne doit jamais forcer à ce que vous repreniez une vie sexuelle plus active alors que vous ne vous en sentez pas encore en capacité.

Endométriose et sexualité

Ne culpabilisez surtout pas de ne pas encore être prête, ou de ne pas vous sentir « capable » de reprendre tout de suite votre vie sexuelle d'avant : une opération est toujours plus ou moins traumatique, et votre corps a besoin de temps pour digérer ce qu'il vient de vivre, ainsi que pour réapprendre que le toucher ne se résume pas à de la douleur et à des actes médicaux. Aussi, souvent, la meilleure chose à faire est de recommencer par de la tendresse (des câlins, des bisous, des caresses), qui pourra ensuite évoluer ou non en préliminaires. Quoi qu'il en soit, aucune règle n'existe si ce n'est d'écouter votre corps et de lui faire confiance : s'il vous fait comprendre qu'il n'est pas encore prêt, c'est que ce n'est pas encore le bon moment et que cela viendra un peu plus tard.

Enfin, selon les traitements qui seront pris ou non, ainsi que selon l'intensité et la durée des douleurs, il peut y avoir un impact sur  la libido à plus ou moins long terme. Cela n'est absolument pas anormal, et la plupart du temps lié une fois encore au traumatisme corporel et psychique de l'opération et des soins autour (ainsi qu'à certains traitements post-intervention). En règle général, la libido revient progressivement avec l'amélioration de la situation (moins de douleurs , baisse du traitement etc), mais, parfois, il est nécessaire de se faire aider par un professionnel (sexologue et/ou psychologue) pendant quelques séances, afin de mettre des mots sur les maux, et de penser ainsi ce qu'il s'est passé pour pouvoir enfin le panser. Les techniques psycho corporelles peuvent aussi en parallèle être très précieuse à ce sujet (sophrologie, méditation, yoga etc). 

 

En résumé, le maître mot est de se recentrer et de se faire confiance, que ce soit sur vos ressentis émotionnels, vos sensations corporelles, ou sur l'aide dont vous estimez avoir besoin pour allez mieux. Se culpabiliser ou se brusquer ne fera que renforcer le stress et l’inflammation qui sont déjà très présents dans le corps à cause de la maladie, alors surtout, évitez le jugement et la culpabilité au maximum, et soyez le plus possible bienveillante envers vous même et envers ce corps qui supporte déjà tellement !


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