La fatigue chronique de l’endométriose : comment agir ?

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Par Manon Brucker
– Naturopathe
spécialisée dans l’Accompagnement Holistique de la Femme
@Naturopathieaufeminin 

La fatigue chronique est un symptôme de l'endométriose commun à beaucoup de femmes. On peut parler d'un trouble invisible et handicapant pour la plupart des femmes qui le vivent. 
Des solutions existent pour aller mieux, et éviter d'arriver au pire scénario : retrait de la vie sociale, voire professionnelle. La naturopathie peut être une aide au quotidien, voyons comment dans cet article. 

La fatigue chronique, d’où ça vient ?

Dans l’enfance, en découvrant la Belle au bois dormant, j’ai été émerveillée par le lien que cette jeune Femme aux cheveux couleur blé entretenait avec la nature, sa petite cabane dans les bois et la rencontre avec le Prince Philippe sur son magnifique destrier. Jamais je n’aurais cru tant lui ressembler plus tard… Malheureusement, ce ne fut pas pour la partie bucolique et romantique de l’histoire, mais plutôt pour sa mise en lumière d’une certaine forme de narcolepsie !

Mi-Femme, mi-marmotte, telle est parfois le quotidien de celles atteintes d’endométriose. Dormir est un repos nécessaire à tous les corps, mais lorsqu’il est une contrainte subie qui nous limite au quotidien, c’est là que le bas blesse. Mais d’où vient cette fatigue envahissante ? Et comment agir afin de pouvoir aller gambader dans les bois (ou ailleurs) en toute impunité ? Faisons le point ensemble dans cet article. 

fatigue chronique endometriose

Aussi appelé encéphalomyélite myalgique (à vos souhaits), le syndrome de fatigue chronique est une maladie neurologique caractérisée par une fatigue persistante venant altérer le quotidien des personnes qui en souffrent. Pouvant apparaître chez des personnes en bonne santé sans que les causes exactes soient clairement identifiées, ce syndrome affecte plus de la moitié des Femmes atteintes d’endométriose (1)(2). Il fait donc partie des symptômes les plus communément recensés dans cette pathologie ! 

Selon plusieurs études (3)(4)(5), les impacts délétères de cette fatigue sont nombreux : vie sociale, amoureuse et familiale, travail et productivité, activité physique, humeur et santé mentale, etc. Bref, la qualité de vie globale en prend un coup. Et pour un peu que notre entourage soit peu compréhensif, c’est la double peine : nous voilà terrées au fond de notre lit, exténuées et rongées par la culpabilité. Une toute autre version de La Belle au bois dormant que Disney s’est bien gardé de nous conter !

Alors pourquoi endométriose et fatigue sont-elles associées ? Il y a plusieurs causes qui peuvent être incriminées, que nous allons enquêter au cours des prochaines lignes. 

L’inflammation de l'endométriose

Et oui, encore elle ! Lorsque l’on est atteinte d’endométriose, on ne peut pas vraiment passer à côté... Pour comprendre comment elle affecte notre énergie, revenons à quelques bases. 

L’inflammation est un processus biologique qui, grâce au soutien de notre système immunitaire, vient répondre à une agression mettant en péril le fonctionnement de notre organisme. Dans le cas de l’endométriose, notre corps essaie de combattre les fameux tissus endométriaux (lésions, kystes, nodules, etc. constitués de cellules semblables à l’endomètre, ce tissu qui recouvre l’utérus) qui se trouvent à des endroits du corps où ils ne devraient pas être. Mais ce combat ne s’arrête jamais ! C’est pourquoi on parle alors d’inflammation « chronique ». 

Mener une bataille, cela fatigue ! Lorsque vous êtes malade, vous le ressentez d’ailleurs assez vite : le corps exprime un besoin de se mettre au repos et de se lover au fond de son lit. Alors quand celle-ci est quotidienne, sans aucun répit accordé, on peut aisément comprendre que le corps s’épuise. La chronicité de l’inflammation entraine donc aussi celle de la fatigue.  

Le couple foie – intestins en petite forme 

Fatigue chronique et endométriose

Le foie joue un rôle primordial dans la digestion et l’assimilation des nutriments, mais aussi dans l’évacuation des « déchets » de l’organisme et la métabolisation des œstrogènes en vue de leur élimination. Son copain le système digestif va lui aussi soutenir tous ces processus, c’est pourquoi la faiblesse de l’un peut entrainer la défaillance de l’autre. Et qu’il faut les chouchouter tous les deux !

Souvent en cas d’endométriose, une faiblesse du foie est constatée. Et je ne crois pas trop m’avancer en affirmant que les problèmes digestifs sont aussi monnaie courante ! Ces deux éléments vont alors favoriser une accumulation des « déchets » dans le corps (dont les œstrogènes qui viennent « nourrir » les tissus endométriaux), qui pour autant n’abdiquera pas à les traiter. Néanmoins, cette surcharge va réduire l’efficacité du fonctionnement de l’organisme et de facto, le fatiguer. 

De plus, si l’on rajoute à cette accumulation des problèmes d’absorption des nutriments et notamment des vitamines, notre corps fatigué peut alors être privé d’une source d’énergie dont il aurait bien besoin. C’est donc un peu le serpent qui se mord la queue… 

Ajoutez à cela les effets secondaires de la prise de certains traitements médicaux (pilule, anti-inflammatoire, etc.) et / ou la convalescence d’une chirurgie, et là ce peut être le burn out pour notre fameux couple foie – intestins qui va tenter de traiter tout cela, en plus du reste.   

Bref, cela me donne l’occasion de faire un petit point self love : je sais qu’il est parfois difficile de le croire lorsque l’on souffre, mais notre corps est un super héros qui veut favoriser notre survie à tout prix ! Comprendre qu’il est un allié nécessitant notre attention et notre soutien permettra de voguer plus facilement vers les contrées d’une endométriose apaisée. 

Le stress 

Vivre une vie sans stress semble parfois idéaliste dans notre monde actuel. Et le quotidien des Femmes atteintes d’endométriose n’est pas épargné : gestion des différents rendez-vous médicaux, organisation en fonction des crises, difficultés à réaliser les tâches du quotidien, ou même se rendre au travail, … Sources de stress et charge mentale peuvent parfois s’accumuler et être difficile à gérer !

Face à un stress, le corps, et plus précisément nos glandes surrénales, activent alors un reflexe très primaire (un héritage des hommes préhistoriques qui devaient choisir de combattre ou mourir face à un prédateur) : elles libèrent une hormone appelée adrénaline afin d’y faire face. Un fois le danger passé, une autre hormone, le cortisol, est sécrété afin de neutraliser cette dernière. Sauf que lorsque nous vivons des épisodes de stress fréquents tout au long de la journée et que ce dernier devient donc chronique, le corps n’a pas le temps de procéder à cette régulation ! C’est là que nos surrénales se dérèglent et que la fatigue devient de plus en plus présente. 

De plus, nos fameuses surrénales ont aussi la charge de produire des hormones qui permettent la métabolisation (création) de la progestérone. Mais en situation de stress, elles prioriseront les fonctions essentielles à la survie (donc la production d’adrénaline), au détriment de celles secondaires. Et la progestérone joue un rôle dans la gestion de la douleur…

Gérer la douleur, ça épuise !

« J’en ai marre d’avoir mal ! ». Voilà une rengaine que j’entends fort souvent, et pour cause. Lorsque nous avons à gérer des douleurs, nous puisons dans nos réserves d’énergie pour y faire face. Et plus celles-ci sont récurrentes et quotidiennes, comme c’est le cas pour beaucoup de Femmes atteintes d’endométriose, plus nous nous épuisons dans cette gestion, sans temps de repos pour l’organisme. 

De plus, les douleurs peuvent avoir un impact sur le sommeil. Ce temps de récupération la nuit est donc altéré, entrainant encore plus de fatigue… 

 Comment agir sur cette fatigue chronique ?

Agir sur la fatigue chronique

Si vous connaissez la naturopathie, vous avez surement déjà entendu parler de l’amour des naturopathes pour la recherche de la cause des maux. Et la fatigue chronique n’y fait pas exception ! Si vous avez du mal à dormir à cause de vos douleurs ou bien de votre stress, les solutions ne seront pas les mêmes. Comme c’est le cas pour toutes les autres causes citées plus haut. 

Néanmoins, la fatigue chronique n’est pas une fatalité et ils existent de nombreuses solutions en naturopathie pour retrouver toute votre énergie ! Je vous propose d’explorer ici plusieurs pistes, en gardant en tête que chacune d’elle est à adapter en fonction de vous. Pour toute prise de compléments alimentaires, faites-vous accompagner afin de trouver la solution et la posologie qui vous convient. Ce n’est pas parce que la solution est naturelle qu’elle est inoffensive ! Et il y a parfois des effets secondaires à connaître et prendre en compte. 

Palier aux effets de l’inflammation  

Comme nous l’avons vu, lorsque l’on parle d’inflammation, notre système immunitaire est sollicité. Et comme celui-ci est situé à plus de 80% dans nos intestins, notre alimentation va avoir un grand rôle à jouer ! En cas d’endométriose, on entend souvent parler de l’alimentation anti-inflammatoire. Mais celle-ci ne convient pas à toutes ! Je vous suggère d’aller jeter un œil aux articles disponibles :
- l'alimentation à favoriser
- les aliments à éviter.  

Au-delà de l’alimentation, il est possible d’avoir recours à des compléments alimentaires afin de cibler les micro-nutriments et molécules dont l’action a été spécialement étudiée sur l’inflammation :

  • Les omégas 3, et notamment l’EPA / DHA pour leur action sur la temporisation de l’inflammation. Mais aussi leurs métabolites riches en médiateurs de résolution de l’inflammation tels que le 17-HDHA, 18-HEPE, etc. 
  • La vitamine D, qui joue un rôle primordial dans nos fonctions immunitaires. Il est aussi possible de la synthétiser grâce au soleil, en exposant ses avant-bras et son visage au moins 15 minutes par jour.
  • Les anti-oxydants tels que la vitamine C ou E ou le co-enzyme Q10, qui vont permettre de contrer les effets secondaires de l’inflammation. 

A cette panoplie de nutraceutiques s’ajoute la phytothérapie. On pourra notamment penser au curcuma (à prendre concentré et de préférence sous forme liposomale et sans pipérine associée, qui attaque la barrière intestinale).
Le cassis est aussi un bon allié ainsi que le CBD, dont l’action va bien au-delà de l’inflammation. 

Chouchouter son foie et ses intestins 

Comme nous l’avons vu, chérir ce couple foie – intestins est primordial pour ne pas surcharger notre corps de « déchets ». Pour cela, l’alimentation a son rôle à jouer, notamment grâce à des apports qui vont stimuler leur bonne marche. Les brassicacées (choux, brocolis, navets, radis, cresson, etc.) ainsi que tous les aliments amers vont notamment stimuler l’activité du foie. Les fibres, que l’on retrouve principalement dans les fruits et légumes ainsi que dans les céréales complètes, vont aider à un bon transit (si vous les tolérez bien, attention à celles intolérantes aux FODMAPs). Aussi, les aliments lactofermentés (kéfir, kombucha, yahourts, etc.), vont pouvoir apporter de bonnes bactéries à votre microbiote et ainsi participer à votre digestion. Enfin, vous pourriez appliquer une bouillotte sur votre foie à la fin de repas afin de stimuler son activité. 

En cas de gros déséquilibre intestinal, il est possible de passer par la nutraceutique, notamment en vous complémentant en probiotiques. Les enzymes, bien choisis, vont aussi participer à votre bonne digestion (je vous renvoie là aussi vers mes articles concernant l’alimentation anti-inflammatoire dans lequel je parle de leur intérêts). Et enfin, ils existent aussi des compléments en fibres, dont certaines sont certifiées sans FODMAPs (utiles pour celles au bidon un peu sensible !).

En phytothérapie, l’éventail de choix est large pour agir soit sur votre foie, soit sur vos intestins : chardon marie, desmodium, radis noir, artichaut, bourgeons de figuier, etc. Les plantes et leur posologie seront à choisir en fonction de votre situation.  

Atténuer son stress

fatigue chronique endometriose

Même s’il fait partie du quotidien de nombreuses personnes, le stress n’est pas un phénomène sur lequel nous n’avons pas la main (you’ve got the power !!). Un apport de minéraux, et notamment de magnésium, va aider à apaiser le système nerveux. Les vitamines du groupe B notamment vont-elles aussi participer à un bon équilibre. Que ce soit au travers l’alimentation ou les compléments alimentaires, veiller donc à ce que votre apport journalier soit suffisant. 

« Le muscle est le contrepoids du nerf » aimait à dire Desbonnet. En plus d’oxygéner les tissus, la pratique d’une activité physique vous aidera donc à évacuer les tensions et à sécréter des endorphines, autrement appelées hormones du bonheur. Préférez une activité douce afin de ne pas favoriser l’inflammation. 

Ils existent aussi de nombreuses plantes afin de nous aider à « décompresser ». Certaines, que l’on appelle « adaptogènes », vont s’adapter à vos besoins en vous apportant de l’énergie lorsqu’elle vient à manquer, et vous apaiser lorsque vous en aurez besoin.
Parmi elles, on retrouve par exemple l’ashwagandha, la rhodiole ou bien l’éleuthérocoque. Si une action plus « rapide » est attendu, on se tournera alors plutôt vers la verveine, la mélisse ou le tilleul. 

Enfin, vous pouvez aussi vous tourner vers différentes techniques de relaxation : méditation, cohérence cardiaque, mantras, etc. Mais aussi planifier dans votre agenda des moments ressourçant tels que la marche en nature, une activité artistique, des moments pour soi à lire ou prendre un bain, etc. C’est à vous de déterminer ce qui vous ressourcera.  

Adapter son rythme de vie 

Cela paraît tout bête, mais lorsque l’on est atteinte de fatigue chronique, la première chose à revoir est son rythme de vie. Difficile parfois d’assumer toutes les tâches du quotidien : les enfants à amener à l’école ou à la danse, l’appel à maman / mamie pour vérifier que tout va bien, les copines à voir pour qu’elles nous racontent leurs dernières péripéties, le repas à préparer pour chéri et vous, etc. Bref, il est facile de se sentir surmenées par les tâches du quotidien (la fameuse charge mentale !). 

Afin de mieux gérer vos priorités tout en ne dilapidant pas toute votre énergie de la semaine sur une journée, je vous suggère d’aller vous informer sur la théorie des cuillères. Inventée par Christine Miserandino, celle-ci permet d’attribuer à chaque activité de votre journée un nombre de « cuillères », qui représente chacune une unité d’énergie. Les personnes atteintes de maladies chroniques ne disposant que d’un nombre limité de ces cuillères, elles doivent donc sélectionner les activités afin de mieux organiser leur journée et limiter le risque d’épuisement. 

Pour les Femmes ayant un cycle naturel, un autre moyen de mieux gérer son énergie serait de se reconnecter à chaque phase de son cycle menstruel afin d’adapter ses activités en fonction.
La phase menstruelle ou de règles est un moment où l’énergie est basse et où le corps et l’esprit nécessitent que l’on prenne soin d’eux. La phase folliculaire, après les règles, et une période ou l’énergie remonte en flèche, boostée par la sécrétion d’œstrogènes : c’est le moment de planifier de nouveaux projets !
La phase ovulatoire, aussi appelée celle de la mère, est une période où toute l’énergie accumulée peut être dirigée vers les autres.
Et enfin, la phase lutéale, qui se situe après l’ovulation et avant les règles, est plutôt un moment où l’énergie redescend doucement et la créativité est exacerbée. C’est le moment d’organiser ce que vous souhaitez accomplir au prochain cycle !

Enfin, la base pour permettre au corps de se régénérer est de favoriser un sommeil réparateur. Dormez à heures fixes et suivez les recommandations générales pour un bon sommeil (pas d’écran, température de la pièce adaptée, noir complet, etc.). Aussi, chacune de nous a des besoins en sommeil différent, mais essayez de ne pas dormir moins de 7h afin de laisser à votre corps la possibilité de récupérer suffisamment. 

J’espère que vous trouverez dans cet article quelques éléments afin de vous guider vers une hygiène de vie qui favorisera votre pleine vitalité. Si vous avez tout suivi, je n’ai pas parlé de solutions concernant les douleurs, et pour cause : en fonction de l’origine de celles-ci, les solutions ne seront pas les mêmes. Peut-être un sujet pour un prochain article ? En attendant, prenez bien soin de vous !

Références 

  1. Ramin-Wright A, Schwartz ASK, Geraedts K, Rauchfuss M, Wölfler MM, Haeberlin F, von Orelli S, Eberhard M, Imthurn B, Imesch P, Fink D, Leeners B. Fatigue - a symptom in endometriosis. Hum Reprod. 2018 Aug 1;33(8):1459-1465. doi: 10.1093/humrep/dey115. PMID: 29947766.
  2. EndoFrance, Gedeon Richter et Ipsos, Enquête sur le parcours des femmes souffrant d’endométriose, juin 2020
  3. Facchin F, Buggio L, Roncella E, Somigliana E, Ottolini F, Dridi D, Roberto A, Vercellini P. Sleep disturbances, fatigue and psychological health in women with endometriosis: a matched pair case-control study. Reprod Biomed Online. 2021 Dec;43(6):1027-1034. doi: 10.1016/j.rbmo.2021.08.011. Epub 2021 Aug 20. PMID: 34756643.
  4. DiBenedetti D, Soliman AM, Gupta C, Surrey ES. Patients' perspectives of endometriosis-related fatigue: qualitative interviews. J Patient Rep Outcomes. 2020 May 6;4(1):33. doi: 10.1186/s41687-020-00200-1. PMID: 32377820; PMCID: PMC7203274.
  5. Soliman AM, Rahal Y, Robert C, Defoy I, Nisbet P, Leyland N, Singh S. Impact of Endometriosis on Fatigue and Productivity Impairment in a Cross-Sectional Survey of Canadian Women. J Obstet Gynaecol Can. 2021 Jan;43(1):10-18. doi: 10.1016/j.jogc.2020.06.022. Epub 2020 Jul 18. PMID: 32978082.

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