Pilule contraceptive & Endométriose : balance des bénéfices / risques

Après avoir vu dans l'article précédent comment fonctionnent les différentes pilules contraceptives et pourquoi elles sont le traitement de première intention donné par les gynécologues en France pour l'endométriose, voyons maintenant quels sont réellement leurs bénéfices ainsi que leurs effets secondaires à court terme et risques à long terme
Nous précisons que c'est le traitement de première intention donné en France car ce n'est pas forcément le cas dans les autres pays qui abordent la maladie à travers les autres théories scientifiques.

Nota bene : Cet article n'est ni en faveur de la pilule, ni en défaveur. Son but est uniquement d'informer.
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Les bénéfices des pilules contraceptives dans le cadre d’une endométriose

 pilule contraceptive endométriose

Si les pilules contraceptives sont indiquées en première intention pour traiter l'endométriose, c’est parce qu’il s’agit d’un traitement moins invasif que le stérilet, ou encore la chirurgie, et plus facilement accessible que la mise sous ménopause artificielle.

La pilule permet l'accès à d'autres options de prises en charge de l'endométriose

Commençons par un aspect purement "administratif". Cela peut paraitre étrange dit comme ça, mais en France, comme la pilule est le traitement de première intention, si une patiente ne la prend pas et demande à accéder à des opérations chirurgicales pour le traitement de son endométriose, ou bien à une demande de prise en charge comme l'ALD, ces dernières peuvent lui être refusées sous prétexte qu'elle ne remplit pas les conditions qui sont entre autres de commencer par se soumettre au traitement de première intention. En effet, on peut considérer que si elle ne prend la pilule, alors elle n'a pas pu valider le fait que la première étape n'était pas efficace, et ça ne lui permet donc pas d'accéder aux autres options.

La pilule peut empêcher l'évolution de l'endométriose

Dans le cas d’une endométriose, ce médicament à base d’hormones s’avère notamment être utile pour ses capacités à agir sur la fluctuation des hormones et sur les menstruations. 

L'endométriose étant une maladie hormono-dépendante, si ses cellules ne reçoivent plus de stimulation hormonale, elles resteront inactives. 

Le but d'agir sur la fluctuation des hormones est donc de permettre de freiner l’évolution de la maladie.

La pilule prise en continu bloque la survenue des règles et éventuellement de ses douleurs associées

Une pilule contraceptive vise à empêcher la gestation, et ce, par différents moyens. Entre autres, elle agit sur l’endomètre en l’empêchant de croître afin qu’il ne puisse pas être prêt à recevoir le fœtus en cas de nidation. Dans cette optique, sans prolifération et régression de la paroi de l’utérus, il n’y a pas de règles.

Le but d'agir sur les menstruations est donc d'empêcher la survenue des douleurs qui peuvent être extrêmes pendant ces périodes.

La pilule peut soulager les symptômes de l’endométriose, en endormant les lésions

Les divers symptômes causés par une endométriose sont entre autre liés au saignement des lésions endométriosiques implantées sur les tissus et organes touchés par la maladie. Ils subissent le même phénomène que les règles, mais le sang ne s’écoule pas. Une réaction inflammatoire s’ensuit donc et attise les divers symptômes de l'endométriose.

De plus, la vie des cellules endométriosiques se résumant à se développer puis à régresser au cours d’un cycle menstruel, si ce cycle est interrompu en agissant sur les hormones, ces cellules ectopiques (qui ne sont pas à leur place) deviendront également quiescentes (en repos, arrêtées dans leur développement).

Le but est donc aussi d'"endormir" les lésions déjà actives à divers endroits dans le corps.

La pilule contraceptive peut prévenir les récidives à la suite d’une opération de l’endométriose

Le recours à la chirurgie est parfois utile pour remédier à l’endométriose notamment dans le traitement de l’infertilité relative à cette pathologie. Une intervention chirurgicale peut également s’avérer utile dans le cadre d’un kyste ovarien. Parfois, certaines patientes font recours à de lourdes opérations à l’instar de l’hystérectomie (ablation de l’utérus) pour se défaire définitivement de cette maladie gynécologique.
Étant donné que, dans ce genre d’affection, le risque de récidive est relativement important, il convient de s’en prémunir grâce à un
traitement hormonal en post-opératoire. En effet, les pilules contraceptives sont souvent utilisées comme traitement d’appoint à une intervention chirurgicale pour une endométriose.

La pilule est un traitement moins invasif et plus accessible que le stérilet, la ménopause artificielle ou la chirurgie

Outre les médicaments hormonaux, les autres alternatives pour le traitement d’une endométriose sont la pose de stérilet Minera ou Jaydess, la mise sous ménopause artificielle et la chirurgie pour enlever les lésions d'endométriose.
La pilule contraceptive est une solution moins invasive, plus conservatrice et également moins coûteuse que ces autres solutions médicales.

Les effets des pilules contraceptives peuvent être réversibles

Les actions des pilules contraceptives restent temporaires. Elles cessent généralement dès que la patiente ne prend plus les comprimés. Cette propriété est particulièrement intéressante pour une jeune femme atteinte de l’endométriose qui envisage de tomber enceinte.

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Quels sont les inconvénients des pilules contraceptives  ?

Comme tout médicament chimique, les pilules contraceptives peuvent avoir des effets indésirables. A noter que ces effets indésirables peuvent varier selon s'il s'agit d'une pilule oestro-progestative ou progestative. Ils peuvent tout aussi bien varier selon la marque de la pilule. Il est donc essentiel d'en parler avec votre gynécologue et de procéder à des analyses de sang et un examen assidu de vos antécédents médicaux dans la famille notamment avant de faire le choix d'une pilule.

La pilule progestative favorise l’acné

La pilule progestative seule peut favoriser l’apparition des boutons c’est pourquoi elle est contre-indiquée chez certaines femmes. En effet, le progestatif présent dans le comprimé possède une propriété similaire à celle de l’hormone mâle. Ce dernier encourage la production du sébum (graisse qui protège la peau et qui est responsable de la formation d’acné si elle est en excès). Ainsi, ce médicament n’est pas conseillé chez une femme qui souffre déjà d’un problème de bouton. Une pilule combinée serait l’idéal, car l’œstrogène est recommandé contre l’acné. 

La pilule progestative pourrait porter atteinte à la libido

Beaucoup de personnes ont tendance à penser que les pilules contraceptives diminuent l’envie sexuelle. Pourtant, il n’existe pas suffisamment d’étude pour confirmer cela. Toutefois, la pilule progestative seule est en mesure de causer une sécheresse au niveau du vagin ce qui pourrait rendre l’acte sexuel désagréable, voire douloureux. Cela peut expliquer que la femme soit réticente à l’idée d’avoir des rapports intimes avec son partenaire.

Irritabilité chez la patiente 

Il est possible que la pilule, particulièrement progestative, entraine des troubles au sein du comportement de la patiente. Elle peut devenir plus irritable que d’habitude et présenter des sautes d’humeur fréquentes. Les comprimés agissent parfois sur la sécrétion de l’adrénaline ou de la sérotonine. Ce sont toutes les deux des hormones impliquées dans la régulation du comportement et du bien-être

Assombrissement du visage

Dans certains cas, la pilule contraceptive peut causer des taches sur le visage chez certaines femmes. Changez la nature du comprimé ne résout pas ce problème. Il convient d’en parler avec son médecin traitant afin de trouver une solution adéquate.

Douleur au niveau des seins

Une patiente qui prend la pilule contraceptive peut aussi ressentir une raideur, une hypersensibilité ou même une douleur au niveau de l’un ou de ses deux seins. Ces effets indésirables se résorbent souvent spontanément après quelques mois. S’ils sont particulièrement gênants, il convient de changer la nature du comprimé en diminuant la dose d’œstrogènes pour les pilules oestro-progestatives.

Nausées et vomissements

Ce sont les effets indésirables de la pilule contraceptive les plus fréquents. Ils apparaissent généralement au cours des premiers mois et s’estompent avec le temps. Ces désagréments sont notamment liés au fait que le corps n’est pas encore habitué aux nouvelles conditions imposées par le traitement hormonal.

Prise de poids

De nombreuses femmes sont réticentes à l’idée de prendre la pilule sous prétexte qu’elle fait grossir. En réalité, il est prouvé que la prise de poids n’a pas de relation directe avec la pilule. Toutefois, particulièrement la pilule oestro-progestative déclenche un important appétit chez certaines femmes. Il est donc recommandé de suivre un régime équilibré afin de remédier à ce problème. Si la patiente ressent une forte envie de manger et remarque une prise de poids conséquente, il est recommandé de consulter un médecin afin de revoir son traitement.

La pilule oestro-progestative peut provoquer des migraines et des céphalées

Les migraines et les céphalées sont plus fréquentes chez les patientes de plus de 35 ans. Dans tous les cas, il faut toujours consulter son gynécologue au cas où les symptômes désagréables persistent et deviennent gênants.

Quels sont les risques sur le long terme de la pilule contraceptive ?

Traiter l’endométriose grâce aux pilules contraceptives exige de prendre des médicaments pendant une période relativement longue. Il convient donc de surveiller de près les risques sur le long terme. A noter qu'ils peuvent varier selon s'il s'agit d'une pilule oestro-progestative ou progestative.

Risque d’infarctus cardiaque ou d’AVC des pilules oestro-progestatives

Avec le temps, la contraception orale augmente le risque de maladie cardio-vasculaire à l’instar de l’infarctus cardiaque ou l’accident vasculaire cérébral. Le risque est d’autant plus élevé si la patiente présente des facteurs de risque comme le diabète, l’hypertension artérielle, l’obésité, le tabac (à noter qu'il faut préférer une pilule progestative en cas de tabagisme)… Au-delà de 35 ans, la prise de comprimé oestro-progestatif est de plus en plus risquée pour une femme.

Risque de thrombose veineuse des pilules oestro-progestatives

Le risque de thrombophlébite sur le long cours est plutôt lié à un terrain particulier. En effet, cela arrive notamment chez les femmes qui présentent déjà un problème de coagulation ou qui réunissent les conditions favorisant cette pathologie (allaitement prolongé, opération chirurgicale…). En tout cas, il est toujours recommandé de ne pas manquer les visites de contrôle chez le gynécologue pour avoir un œil sur l’évolution de son état de santé.

La pilule contraceptive augmente le risque de cancer

Les contraceptions orales risquent de favoriser l’apparition de certains cancers si elle est prise pendant une longue durée. En effet, le risque de cancer du col de l’utérus est augmenté d’où l’intérêt de pratiquer un frottis régulièrement pour le dépister à temps. Le risque de cancer du sein et du foie augmente aussi faiblement lors d’une prise sur le long terme de contraception orale. Cependant, il faut savoir que ce traitement contre l’endométriose permet aussi de prévenir certains types de cancers à savoir le cancer de l’endomètre et celui de l’ovaire.

La pilule macroprogestative augmente le risque de méningiomes

A ne pas confondre avec la pilule microprogestative (moins dosée), la pilule macroprogestative (Lutenyl, Lutéran, Surgestone, Androcur) augmente le risque de méningiomes : ces tumeurs cérébrales qui touchent majoritairement les femmes. 

Des informations qui peuvent faire peur mais doivent être nuancées

  • Le risque de cancer reste très faible : environ 6 à 8 pour 10 000 femmes par an.
  • Le risque est maximal pendant les premiers mois de la prise de pilule mais il diminue avec le temps.
  • Si la patiente prend la pilule pour la première fois, certains organismes officiels de santé publique recommandent de prescrire les pilules de 2ème génération en première intention et de réserver les pilules des dernières générations en cas d’intolérance : comprendre que selon vos antécédents et prédispositions médicales, le type de pilule prescrite sera adaptée afin de limiter les risques. 
  • Une femme court plus de risques d’accident thromboembolique veineux lors d’une grossesse ou dans les semaines qui suivent un accouchement qu’en utilisant une pilule de dernière génération.
  • Les risques d’accident artériel, comme un AVC ou un infarctus du myocarde, sont les mêmes quelle que soit la génération de la pilule oestro-progestative. Ils augmentent si l’on fume, si l’on est en surpoids ou avec certaines maladies comme le diabète. Par contre, le risque est plus élevé avec les pilules contenant de hautes doses d’éthinylestradiol (particulièrement chez les pilules de première génération).
  • Le rapport entre les bénéfices et les risques de toutes les pilules oestro-progestatives reste positif chez les femmes ne présentant pas de contre-indications.

Pour finir, il est important de rappeler qu’il n’existe pas de traitement radical pour l’endométriose. La pilule contraceptive est la plus utilisée notamment parce que le rapport bénéfice-risque est, du point de vue des médecins, plus avantageux pour la patiente. Ce qu’il faut retenir, c’est qu’il est important de consulter son gynécologue au plus vite au cas où des signes désagréables apparaissent.

 

Sources : Gynandco ; Futura-sciences ; News-medical ; revue Genesis ; Vidal

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N.B : Chaque cas d'endométriose étant différent, cet article, comme les autres, offre des pistes à explorer, qui seront différentes pour toutes les femmes. 
Il ne vient en aucun cas substituer un avis médical.

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